Rencontre fortuite

01012cc3cec9cb95cd2fa98080eceabafeaf0f15b9Il y a de ça environ quatre mois, je me lassais de mon précédent emploi. Mon patron était un imbécile et j’étais sous-payée. Evidemment donc, j’ai commencé à chercher un nouveau travail. Comme je passe le plus clair de mon temps libre sur mon ordinateur quand je rentre du boulot épuisée, c’est donc sur Le Cercle des Français de Londres, sur Facebook, que je suis tombée sur une annonce qui m’avait semblé plutôt intéressante. J’ai donc contacté l’agence de Nanny qui offrait un poste, et on a programmé un entretien pour le lundi suivant, mon seul jour de repos…

Lundi matin me voilà donc en route pour Camden Town! Habitant dans le sud de Londres, en zone 5, je n’avais pas bien souvent l’occasion de me rendre dans le centre (connaissant le prix des transports ici, c’est une évidence : habitant de la zone 5 évitez la zone 1!!!).

Je prends donc la Northern Line à Balham en début d’après-midi. Jusque là rien de
bien exceptionnel. Je veux dire, même si je n’allais pas bien souvent dans le centre, j’ai déjà pris le métro à Londres quand même, la zone 5 ce n’est tout de même pas la campagne! Je monte donc dans la rame de métro, parvient à me trouver une place assise entre deux hommes, et commence à observer les gens autour de moi. Discrètement. Enfin en essayant d’être discrète. Je fais souvent ça quand je suis dans les transports, que ce soit le bus, le train, le métro ou l’avion, j’aime regarder les gens, noter des petits détails, tenter de comprendre les0145f73ff5c985aa71ed9ad5164688c09e23ca9532 relations entre eux pour ceux qui semblent se connaitre, essayer d’imaginer un bout de leur histoire, savoir ce qui les a amenés là au même moment que moi. Bref j’occupe mon esprit en laissant mon imagination et mes yeux vagabonder.

L’homme assis en face de moi parle à celui assis à coté de moi. Mais celui-ci garde un visage fermé et ne lui répond pas. J’avoue qu’à ce moment là ma compréhension de l’anglais (surtout avec l’accent chinois ici) est plutôt limitée. Je
ne cherche donc vraiment pas à essayer de comprendre le sujet de la discussion. Mais l’indien à coté de moi, qui a peut-être la trentaine, semble ennuyé, voire un
peu vexé. A ce moment-là je ne saurais dire si ces deux-là se connaissent ou si l’homme en face de moi essaye d’avoir une conversation avec un inconnu qui n’est pas intéressé le moins du monde par ce qu’il a à dire. Du coup ma curiosité est piquée et je veux en savoir plus. Seulement voilà, je n’ai pas la moindre envie que cet homme d’une quarantaine d’année, qui ne semble pas vouloir s’arrêter de parler et est très certainement à la recherche d’un auditoire, dirige son attention vers moi. Je ne veux pas avoir à sourire poliment et à faire semblant de trouver intéressant ce qu’il dit (bien que je n’en aurais 01fefc8a211ad9bdc5705a3b7d880577678c5c4977sûrement pas compris un mot). Je tente donc d’éviter tout contact visuel avec lui, mais lance des regards en coin à mon voisin de droite, qui stoïque n’a toujours pas dit un mot.

Evidemment la discrétion et moi ne faisons pas bon ménage. Mon voisin de gauche a donc remarqué mon manège. Il s’avère qu’il connait nos deux précédents protagonistes. Voyant mon air perplexe, il m’explique que tous trois travaillent ensemble, que mon voisin de droite est leur “capitaine”, et que mon voisin d’en face l’a offensé par une remarque qu’il aurait interprétée comme quelque peu raciste. donc mon voisin de gauche, un rasta jamaïcain (sacré melting pot dans leur équipe, comment le mot racisme a-t-il pu trouver sa place là-dedans?!) me voyant quelque peu confuse entreprend de m’expliquer qu’ils sont amis depuis trop longtemps, et qu’ils ont en quelque sorte instauré ces disputes sans queue ni tête pour pimenter un peu les choses. J’avoue m’être trouvée encore plus confuse après cette explication.

Voisin de gauche, de son nom John, change donc de sujet et commence à papoter avec moi. Je lui apprends que je suis en chemin pour un entretien d’embauche comme nanny, mais qu’à la base j’ai étudié le commerce international et le marketing.

Et là, sorti de nul part (enfin c’est l’impression qu”il m’a donnée parce qu’il m’était complètement sorti de la tête pendant qu’il poursuivait sa “dispute” avec son ami de longue date), Chen, mon voisin d’en face, s’adresse à moi et me demande si je suis intéressée par les ventes et le marketing. Je me tourne donc vers John et lui dis:

“Euh c’est ce que je viens de dire non? Mince je suis désolée mon anglais n’est pas très bon encore donc je ne suis peut-être pas très claire quand je parle…”

Honnêtement pendant un instant j’ai remis en question tout mon vocabulaire, ma prononciation, mon accent, et tout ce que j’avais bien pu dire dans les 5 ou 10 minutes écoulées. Sur le coup je me suis dit que le gentil géant à coté de moi 0119e22bd88bce559b53f140f4bd9602df2ce35d6d(parce ce cher John semble culminer à deux mètres au dessus de moi, même assis!) s’était en fait contenté de sourire à tout ce que je disais sans en comprendre un mot. Forcément cette idée m’est venue à l’esprit immédiatement, pour la simple et bonne raison que c’est ce que je faisais tout le temps! Mais vraiment tout le temps. Chaque fois que quelqu’un me parlait, je ne comprenais pas la moitié de ce qu’ils me racontaient. Résultat je placardais un sourire idiot sur mon visage et hochais la tête dans l’espoir qu’on n’attende de toute manière aucune réponse de ma part. Bon, forcément ça ne marche pas à tous les coups, et bon nombre des personnes que j’ai rencontrées dans mes premiers mois à Londres en ont conclu que j’avais une intelligence extrêmement limitée… En même temps que vouliez-vous que je fasse?? A Londres, il y a tellement d’accents différents que c’est trop dur de comprendre quand on n’a pas l’habitude! Et les gens finissent par croire que vous vous moquez d’eux si, bien  qu’ils se répètent trois ou quatre fois, vous continuez de dire “Sorry, what?“. Voilà pourquoi j’avais fini par adopter la solution du sourire idiot. Au pire on me prend pour une idiote, je ne vais pas en mourir…

Donc je pensais que John m’avait fait le même coup. Mais non, il m’a rassurée, m’a dit qu’il avait effectivement tout compris, et même que mon accent français était cute. Seulement voilà, Chen avait décidé de s’incruster dans la conversation sans en avoir écouté un mot. Il s’était apparemment lassé que le capitaine ne lui réponde pas (jusqu’à ce qu’ils quittent la rame de métro je n’ai pas entendu le son de la voix de celui-ci). Le voilà donc qui me dit que si je suis intéressée par les domaines précédemment cités, je n’ai qu’à lui écrire mon nom et mon numéro de téléphone sur un papier, et qu’il me contacterait pour un entretien le lundi suivant.

A ma place qu’auriez-vous fait? Et bien oui, je lui ai donné mes coordonnées! Et mes trois compagnons de voyage sont descendus à l’arrêt suivant.

Pour ma part je ne suis descendue qu’à Camden Town. Je me suis rendue à mon 01bf71d3ee3bd394809aa3d4eb5eecc80d97a36954entretien, puis j’ai fait un petit tour dans le coin, avant de reprendre le métro jusqu’à Balham. Sur le chemin entre le métro et le train (à peu près 1 minute de marche) je me suis fait arrêter à un stand où l’on m’a présenté un produit censé révolutionner ma cuisine. Après cela, j’ai pris mon train et je suis rentrée chez moi, me disant que la journée avait été fort intéressante et riche en rencontre (j’ai aussi, ce jour là passé dix minutes à discuter avec un type qui distribuait des flyers à la sortie du métro et qui se trouvait être originaire d’un petit village à à peine quelques kilomètres du village dont mon père est originaire, en Kabylie).

Le réel bilan de cette journée là je ne l’ai eu que le dimanche suivant. Il s’avère que je n’ai pas eu le boulot pour lequel j’avais postulé au départ. Mais Chen m’a bel et bien rappelé pour un entretien le lundi. Et j’ai eu ce boulot-là. Et il consistait en partie à présenter et vendre le produit que j’avais découvert au stand de Balham en rentrant de mon entretien. Le destin ce jour là a dû bien s’amuser à mettre toutes ces choses en place!

J’ai donc rejoint la fine équipe que j’avais rencontrée dans le métro, et les trois mois qui ont suivi ont très certainement été les plus intéressants depuis mon arrivée à Londres! Mais ça c’est une autre histoire pour un autre jour!

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